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Le Manga au Cameroun: Une culture bien plus présente qu’il n’y parait

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J’ai découvert les mangas avec le Club Dorothée. Le Club Dorothée est une émission jeunesse qui fut diffusée sur TF1 de 1987 à 1997. Je devais avoir deux ans à l’époque. J’aimerais tant écrire une histoire émouvante te racontant comment la première fois que j’ai regardé un anime (dessin animé japonais) je fus saisi de chair de poule, mon rythme cardiaque accéléra et j’eu les larmes aux yeux. Malheureusement je ne peux le faire. Pourquoi ? Tout simplement parce que je me suis confessé hier et généralement je préfère attendre au moins trois jours avant de recommencer à mentir. La première série animée japonaise que j’ai regardée à la Tv était « Jeanne et Serge ». Il ya mieux comme dessin animé pour un petit garçon de deux ans, pas vrai ? Heureusement juste après je fis la rencontre du plus grand manga de tous les temps, le père de tous les shonens nekketsus (cherche sur wikipédia, je peux pas tout faire pour toi quand même), cette œuvre qui a marqué toute une génération et qui continue d’être d’actualité aujourd’hui, 25 ans après sa création. Je veux bien entendu parler de Dragon Ball Z. Comme beaucoup de jeunes de mon âge, c’est avec DBZ qu’est née ma passion pour la japanimation. Les histoires épiques, les héros courageux qui affrontent toutes les difficultés pour défendre des valeurs telles que l’amour, l’amitié et la persévérance dans l’adversité. Tout était réuni pour fasciner le jeune rêveur que j’étais.

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Dragon Ball Z / Jeanne et Serge

Avance rapide jusqu’en 2013. J’ai eu pendant de nombreuses années l’impression que le manga était devenu une culture underground au Cameroun, réservée à quelques geeks nostalgiques des jours heureux. Mais au fil du temps et des rencontres j’ai pu me rendre compte que le manga n’avait pas perdu en popularité. Il avait seulement changé de plateforme. Je m’avancerai même jusqu’à affirmer qu’aujourd’hui le manga est plus populaire ici qu’il ya 20 ans (oui oui, déjà… tu vieillis). Je vais te dire pourquoi je pense que la culture manga est bien plus présente au Cameroun qu’il n’y parait mais avant ça examinons ensemble son évolution depuis son arrivée dans notre beau pays.
(Petite anecdote : Au moment même ou j’écris cette introduction, assis à la bibliothèque, il ya un jeune homme à coté de moi qui regarde DBZ. Si c’est pas un signe du destin ça…) .

 


Ab Cartoon/ Mangas : Vous regardez les Sangokus ?

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Ranma un demi / Fly

Au Cameroun la japanimation a été introduite au plan national avec l’arrivée sur le câble de la chaîne AB Cartoon. Si ma mémoire est bonne c’était dans les années 96-97. En fait je ne m’en rappelle pas très bien parce que mon seul vrai contact avec cette chaîne fut une fois chez un ami de ma mère à qui on était allés rendre visite un mercredi après-midi. A cette époque (comme pendant une grande partie de mon enfance d’ailleurs) la télévision était proscrite chez nous. Tout ce à quoi nous avions droit c’était de la lecture. Encore et toujours de la lecture. Bien sur le petit garçon que j’étais vivait un enfer tous les jours dans la cour à la récré lorsque mes camarades se racontaient l’épisode de Sailor Moon de la veille ou chantaient les génériques. C’était normal, je ne les avais jamais vus. Ceci dit, avec le recul je me rends compte que finalement ma mère a eu raison de nous bourrer de livres. C’est d’ailleurs elle qui m’offre mon premier manga. Le Tome 7 de Dragon Ball (la belle coïncidence). Je l’emportais partout avec moi. Je l’ai lu et relu un nombre incalculable de fois jusqu’à ce qu’il commence à tomber en lambeaux à cause de mes camarades qui voulaient tout le temps « calquer » (entendez « décalquer » #KmerTalk) tel ou tel dessin. Pendant ce temps toute une génération d’enfants était abreuvée de dessins animés venus du Japon par le biais d’AB Cartoons. La chaine diffuse des animes classiques et d’autres déjà diffusé dans le Club Dorothée. AB Cartoons devient « Mangas » en 1998 afin de se détacher de cette image de chaine pour les tous petits qu’on lui colle et qui crée des polémique vu les séries (considérées) violentes qu’ils diffusaient. Ce préjugé selon lequel tout ce qui est dessins animés est destiné aux enfants perdure d’ailleurs. Je suis fatigué qu’on (généralement les filles) me sorte l’éternel : « A ton âge tu regardes Naruto ? » -_- #Wtf.

Sauras-tu reconnaître tous les personnages que j'ai réunis sur cette image ?

Sauras-tu reconnaître tous les personnages que j’ai réunis sur cette image ?

C’est avec l’arrivée de DBZ sur la chaine que le phénomène manga explosa véritablement dans notre pays. C’était la folie !! Tout le monde en parlait, les enfants regardaient les épisodes par la fenêtre du voisin (histoire vécue), les cahiers étaient remplis de dessins des personnages. Les adultes avaient leur fameuse phrase : « Vous regardez encore les Sangokus ? » ou comme ma mère aimait à le dire, les « Mangas Ball Z ». Elle le dit toujours d’ailleurs. Je ne la rectifie plus. J’ai baissé les bras -_- .

L'un des moments les plus marquants de la série: La première transformation de Sangoku en super guerrier

L’un des moments les plus marquants de la série: La première transformation de Sangoku en super guerrier

 


Messapresse : le messie

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Un kioske Messapresse dans la ville.

C’est avec la popularité grandissante de la japanimation que Messapresse a commencé à importer les premiers mangas. Au début c’était très varié. On pouvait y trouver des titres tels que Dbz, Card Captor Sakura, Hokuto no ken (Ken le survivant). A coté de ces gros succès, Messapresse importait également des œuvres beaucoup moins connues, voire vraiment obscures telles que Noritaka ou Black Cat. J’ignore si c’était le choix de la qualité ou si c’était juste le résultat de séries achetées en masse. Quoi qu’il en soit il y en avait pour tous les gouts. Le point sombre restait les prix. Tu pouvais te retrouver à payer jusqu’à 5000 Fcfa pour un tome de 30 pages !! Bonne chance pour convaincre tes parents de dépenser autant pour t’acheter quelque chose que « tu vois déjà à la télé ». Heureusement il y avait toujours les revendeurs chez qui on pouvait se procurer les mangas d’occasion. Bien sur il ne fallait pas espérer suivre l’ordre des publications et fallait faire avec les gribouillis des sales gamins (anciens propriétaires) qui te sautaient au visage sans crier gare au détour d’une page. Pourquoi vous faisiez ça ? Pourquoi vous coloriez au stylo rouge les yeux de Bulma ? Pourquoi ?!!! *Jette ordinateur par la fenêtre*

Voici tout ce qu'il me reste comme mangas. Quand je pense à ma bibliothèque d'il y a quelques années je n'ai que mes yeux pour pleurer.

Voici tout ce qu’il me reste comme mangas. Quand je pense à ma bibliothèque d’il y a quelques années je n’ai que mes yeux pour pleurer.

C’était aussi l’époque des revues spécialisées telles que le stupide D.Mangas (Ancien Dorothée Magazine), Manga Player ou Animeland que j’ai découvert grâce à ma grande sœur. Les choses ont bien changé depuis le temps.

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La situation actuelle

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Aujourd’hui la chaine Mangas est toujours disponible sur le câble et le satellite mais même si elle reste assez plébiscitée par les plus jeunes et les vieux nostalgiques comme moi, on est loin de ce qui était dans les années 90. Mais est-ce vraiment synonyme d’une baisse d’intérêt de la part du public ? Je ne pense pas. La programmation est différente aujourd’hui bien évidemment mais de nombreux animés cultes sont toujours diffusés, à l’instar de Nicky Larson, Cat’s eyes, les Chevaliers du Zodiaque, Patlabor et plus récemment c’est DBZ qui a fait son grand retour.

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A coté de cela des animés récents sont diffusés aussi, dont certains en simulcast (Dans J+1 les épisodes sont diffusés le lendemain de leur diffusion au Japon).

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Ce qui se passe est identique à ce qui est arrivé aux salles de cinéma. Comme je le disais plus haut, les plateformes ont changé. Les Camerounais ont commencé à déserter les salles de cinéma quand ils se sont rendus compte qu’ils pouvaient se procurer les films les plus récents plus facilement (internet, revendeurs, pirates), les voir plus rapidement que s’il fallait attendre leur arrivée au Wouri par exemple et le tout à moindre cout. De la même manière Mangas la chaine est devenue un peu obsolète parce qu’on avait désormais accès sur internet à une large variété de séries parmi les plus récentes plus facilement, plus rapidement et à moindre cout. Une chaine de télévision qui est soumise au jeu des droits de diffusions n’avait aucune chance face à cela. Et il en va de même pour les versions papier. Messapresse a quasiment stoppé l’import de mangas vers les années 2005-2006. Aujourd’hui en 2014 si vous entrez dans un kioske le seul manga que vous aurez la chance de trouver est DBZ (Le seul et unique ! Ok c’est décidé, je vais écrire un article sur cette œuvre…). Niveau publication il n’y a que Anime Land qui est encore importé et disponible dans les surfaces Casino (J’ignore si c’est le fait de Messapresse mais je pense bien que oui). Ce n’est pas parce que les jeunes n’aiment plus lire que les ventes ont chuté. Changement de plateforme. Les jeunes lisent les « scans » sur internet. Pourquoi attendre des mois pour lire la suite des aventures de tes héros préférés quand tu peux le faire quelques heures seulement après leur parution au Japon ? (plus vite, plus facilement et à moindre cout. Tu saisis la nouvelle devise ?). Désormais pour espérer tomber sur un manga il faut fouiller dans les piles de livres et magazines, entre les SAS et Harlequins que proposent les bouquinistes. Rien que l’année dernière j’ai trouvé un exemplaire de Ranma ½ en allemand et un de Dbz en espagnol. Je les ai achetés tous les deux. Je sais pas pourquoi. Je voulais les avoir.

Tu laisserais tes enfants regarder ce genre de "programmes pour gamins" toi ?

Tu laisserais tes enfants regarder ce genre de « programmes pour gamins » toi ?

Par contre pour les animés il existe un certain nombre de revendeurs. Par exemple les « vendeurs de cd piratés » dans la rue chez qui par chance tu peux tomber sur une ou deux séries qui valent la peine, même si le découpage des saisons va souvent jusqu’à 20 (va savoir pourquoi cette obsession pour les saisons chez ces gens). Il ya aussi les espaces gaming/multimédias qui en proposent et généralement là c’est mieux structuré et le gars qui te vend sait de quoi il parle. En dehors de ça il ya toujours la bonne vieille clé usb qui se charge de transférer les séries d’un ordi à l’autre, mais cette option dépend de si tu connais les bonnes personnes bien sur. Les mangas sont partout, dans les ordinateurs, à la télévision (de nombreuses « chaines du câbleur en diffusent »), sur les cartables de nos enfants, sur les murs des écoles primaires, dans les consoles de jeux vidéos, dans les centres multimédias, en ville, au village, PARTOUT !

Espace gaming/multimédia que j'ai découvert récemment à Yaounde (Quartier Mendong)

Espace gaming/multimédia que j’ai découvert récemment à Yaounde (Quartier Mendong)

En tant que passionné de cette culture fascinante qu’est celle du pays du soleil levant je pense que les Camerounais gagneraient vraiment à mieux la connaitre. C’est dans cet effort que l’ambassade du Japon au Cameroun organise tous les ans « The Eighth International MANGA Award » un concours international qui récompense les œuvres originales de nombreux auteurs de par le monde. Les candidatures pour cette année sont closes depuis le mois de mai dernier et le vainqueur sera connu lors de la cérémonie de remise de prix en Janvier 2015 à Tokyo mais pour ceux que ça intéresse, rendez-vous l’an prochain. Oui, il se passe des tas de choses en back back comme on dit. Et finalement c’est peut être même mieux ainsi. Je n’aimerais pas que la culture manga devienne comme le hip hop au Cameroun, pleine de vautours qui n’y connaissent rien et sont prêt à caricaturer cet art juste pour se faire de l’argent. Non. Je ne parle pas de Maahlox. Non. Je ne parle pas de lui.

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Bons plans
Pour avoir marché dans tout le pays pour trouv…oh…pardon, j’oubliais que je suis contre le mensonge. Rectification, pour avoir marché dans tout Douala et Yaoundé à la recherche d’oasis me permettant d’étancher ma soif draculéenne de mangas et de japanimation, j’ai pu établir un carnet d’adresses plutôt intéressant. Alors si tu es passionné et aimerais savoir ou trouver des mangas en vente, des animes, rencontrer des gens qui partagent la même passion que toi, participer à des évènements à Yaounde ou à Douala mais tu n’as aucune idée pas plus que tu ne sais l’utilité du nombre Pi, sèche tes larmes, je vais te sauver du ndem. Pour cela il suffit de t’inscrire à ma newsletter ici, de m’envoyer un mail (en réponse à celui que tu recevras) et on pourra échanger. Tu ne pourras pas dire que je ne t’offre jamais rien jeune otaku.

Ça fait plus d'un an déjà que j'ai acheté ce sticker à un marchand ambulant. Mon ordi a la classe non ?

Ça fait plus d’un an déjà que j’ai acheté ce sticker à un marchand ambulant. Mon ordi a la classe non ?

P.S : Bon j’avoue que j’ai quand même menti à un moment dans cet article. En vérité le premier manga à avoir été diffusé sur le territoire camerounais c’est « Le roi Léo » de la légende Osamu Tesuka au début des années 90 sur la CRTV donc bien avant l’arrivée de AB Cartoon. Mais comme je sais que tu as autant horreur de cette chaine que moi, je suis persuadé que tu m’as déjà pardonné 😉

Le Roi Léo que Disney a salement copié.

Le Roi Léo que Disney a salement copié.

C.Otse qui vous l’a dit…

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